BPJEPS AGFF : gérer la dernière ligne droite

Lettre à mes collègues fitness, à mes formateurs et aux autres

Oh qu’il est compliqué le métier d‘éducateur sportif ! Ou autrement nommé « Coach sportif », ou « Personal Trainer » … A chacun son terme.

C’est l’aboutissement de plus de huit mois complètement délirantes. Jamais je n’ai vécu une telle intensité dans une formation professionnelle, et pourtant j’en ai vu d’autres.

Pourtant, au début, rien ne laissait présager un tel déroulement, lorsque je rencontrais ce jour là (le jour « 1 ») des « crossfitteurs », des nageurs professionnels, des athlètes de trail, des marathoniens, des rugbymen, des haltérophiles, des danseuses, des basketteurs, des adeptes du fitness à haut niveau (entre autres) mais aussi des agents immobiliers, des policiers, des ingénieurs, des experts comptables, des animateurs, des kinés, des bacheliers, des chômeurs (etc.) … pour la première fois. Il n’est pas évident que tout le monde se soit spécialement acharné si on nous avait dit dès le début comment tout devait se dérouler pendant cette année folle. Ce mix particulièrement riche a tenu toutes ces promesses.

Voici une catégorie de personnes qui ne ménagent pas leurs efforts, pour apprendre les mystères du corps humain, les techniques d’entraînement personnalisé (le fameux « coaching »), les techniques d’animation en salle, les consignes de sécurité, l’usage de la musique et ses spécificités … On ne voit en général dans le fitness que des gens qui se regardent dans le miroir, et pourtant il n’en est rien. Je savais que cela demandait beaucoup d’efforts, de l’acharnement même, mais en le vivant au plus près avec eux, ma vision s’est certes confirmée, mais j’ai adopté cette vision également. Je le perçois, et pas que pendant je regarde les gens faire leur footing à présent (et constater de multiples défauts dans leurs postures et leurs foulées), ou des gens qui suivent des cours collectifs (et constater de multiples défauts, je l’ai déjà dit non ?) Serait-ce déjà le début d’une déformation professionnelle ?

Dans cette catégorie aussi, il y a  ce qu’on imagine et il y a ce qui existe. Et il y a aussi ce qu’on ne voit pas, mais que j’ai maintenant vu. C’est le fameux effet « derrière l’écran de cinéma », comme le disait au début notre formateur au moment où on se demandait encore ce qu’on faisait là à écouter très religieusement du David Guetta, comme si on assistait à la Traviata à l’opéra Bastille, et compter les « bpm » alors que d’autres travaillaient dans des vrais métiers dans des vrais bureaux avec des vrais costumes et des vrais salaires.

Et le travail est intense. Rien à voir avec les autres types de formations que j’ai pu suivre par le passé, dans la sollicitation et la monopolisation de l’esprit, et le mental qu’il faut avoir sur la durée. La formation est à la fois longue (neuf mois), mais aussi très courte, et on n’a pas le temps de voir le temps passer justement. Combien de fois avons-nous voulu abandonner, avons-nous voulu tout laisser pour repartir vers nos anciennes vies ? Combien de fois nous sommes-nous dit « Tout ça pour gagner 20 euros de l’heure ? » Mais où est le sens ?

Le sens est à trouver dans la passion que cette activité suggère : la joie de transmettre, la joie de voir des gens évoluer et atteindre des objectifs grâce à vos conseils et vos enseignements. Cela n’a pas de prix, je le sais déjà depuis longtemps en yoga … Et je l’ai vu aussi dans le regard des stagiaires, leur œil illuminé sur les estrades et dans les cours, mais aussi dans la grande implication des formateurs, avec toute la force de leur passion à transmettre leur énorme savoir. Car le savoir est très grand dans le sport, et le fitness en particulier. Si si … Ils ne se regardent pas dans le miroir, croyez-moi ! Ça a bossé dur, à toutes les heures de la journée, au plus tôt de la matinée jusqu’à pas d’heure la nuit.

A partir de là, les différences d’âge n’existent plus, la très grande pluralité de cette promotion (de 7 à 77 ans lol) contribue à mélanger des expériences et des tempéraments extrêmement différents, et nous ne pouvons en sortir que grandis après une telle expérience de vie.

Ici, le programme répond aux exigences du Ministère des Sports (ou pour être plus précis, aux exigences des différentes Directions Régionales de ce ministère), le BPJEPS AGFF (Comprendre : Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport, Activités Gymniques de la Forme et de la Force ; je vous épargne la signification des multiples mentions et dérivés) étant un brevet professionnel d’État. Il se valide donc comme le Bac ou n’importe quel diplôme universitaire et c’est un truc très sérieux et officiel : avec des examens, des oraux, des UC, des jurys pléniers et des rattrapages, avec des explosions de joie à l’annonce des résultats, ou son lot de pleurs (cela dépend). Avec aussi des prestations à faire en salle dans les conditions réelles.

Et les examens tombent dans dix jours (ou avant selon la publication de cet article).

Pour ma part, je vais devoir assurer un cours de 30 minutes avec du step et du stretching. Et soutenir un rapport d’activité de toute l’année devant un jury (durée 20 minutes).

Cela ne parait pas grand chose, mais la quantité de travail est phénoménale. Et le pire, c’est que plus le travail avance, et plus on aime faire ça. La fatique ? Quelle fatigue ? Le stress ? Oui bon là d’accord il y en a encore un peu.

Je n’aurai présenté qu’une seule mention, sur les deux constituant ce « BP », laissant de côté toute la partie musculation et « Personal Training ». Donc respect pour les collègues qui stressent sur les épreuves de force athlétique et de prise en charge d’un « cobaye » pendant 30 minutes. Le programme est là aussi très lourd avec énormément de bachotage sur l’anatomie et les méthodes d’entrainement … entre autres, et aussi des performances physiques avec des barèmes officiels, bref un truc de vrais sportifs.

Le plus dur reste de gérer la fatigue, de garder les idées claires, et de conserver son intégrité physique … Inimaginable de se blesser maintenant ! Le corps est devenu notre outil de travail.

Ensuite, garder le cap sur le « RAF » (Reste à Faire), en focalisant sur les dernières priorités. Il restera de toutes façons toujours un « RAF » même après les épreuves finales … A ce stade, nous ne voyons plus du tout tout ce qui a été fait, et ne gardons à l’esprit que tout ce qu’il y a encore à faire, en se disant  qu’il y a tout à faire justement … C’est extrêmement déroutant et même pour les préparations de mes diplômes universitaires et d’ingénieur passées, je n’ai pas souvenir d’une telle force sur le mental à l’approche d’une telle échéance. L’âge aussi doit jouer, combien de fois me suis-je dit « Tu es trop vieux pour ces conneries ! » … mais là, c’est un prétexte purement gratuit.

C’est l’aboutissement d’une vie qui a aussi impliqué tous nos proches : femmes, maris, enfants, chiens, chats et poissons rouges (pour ceux qui en ont), parents, grands parents, voisins, voisines …

C’est aussi l’évolution extraordinaire des stagiaires qui sont passés du stade amateur (pas pour tous) à professionnel dans leur façon de gérer un groupe, un cours (des heures devant le miroir ou le PC pour les préparer car oui, un cours, ça se prépare !), une séance de coaching … une mutation passionnante à vivre et observer au quotidien et au plus près pendant toute cette période.

Nous avons appris aussi que la réussite dans ces domaines passe par une entraide et une mentalité collective obligatoire et au top. Ces valeurs, instaurées dès le début chez Eficiencia, ont été très importantes et primordiales tout au long de ce parcours.

Dans quelques semaines, notre vie aura basculé vers autre chose. Cela reste un sentiment très fort et très intense aussi. Nous quittons un monde (sans regrets) pour en appréhender un nouveau.

Donc le dernier mot :

A mes amis et collègues stagiaires : un gros MERDE

A nos formateurs Eficiencia : un gros MERCI (heureusement que je n’ai pas interverti !) : Pascal (je n’ai toujours pas saisi ce que signifie « PhD » …), Christophe (merci pour toutes tes astuces !), Élodie (merci pour tes conseils par mail, par téléphone, par Facebook, par Instagram, par minitel, par Tweeter, par télégramme, par Pinterest, par ADSL, par fibre optique, par satellite, par la 4G, bref par tout ce qui existe de connecté 24/24 7/7 !), Grazia (bonne récupération, et j’ai retenu de mettre les haltères sous le step, c’est pas bête ça !), et tous les autres que je n’ai vus que partiellement (JiBé, Romain, Didier, Éloïse, etc.), sans oublier Stéphane (j’ai lu et visionné tous tes posts !), Hélène pour sa gentillesse dès le premier jour (et les suivants),  et je crains encore d’en oublier … pardonnez-moi si c’est le cas !

Au autres : merci pour m’avoir lu jusqu’ici, et si votre opinion sur ce que ce métier vous suggère a un peu évolué, alors tant mieux.

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Radar du web

Le site de l’école Eficiencia

Les infos Wikipedia sur le diplôme BPJEPS AGFF, unique en France (vous pouvez télécharger le diplôme aussi … lol)

Cet article d’une collègue BPJEPS en reconversion actuellement, et qui a parfaitement trouvé les mots pour décrire son expérience, semblable à la notre pour la plupart.