L’art de corriger les élèves : le contact et le toucher 

Quel prof n’a pas connu la scène ? Vous faites venir les élèves en Vira 1 et là, tous ont le bassin ouvert et la cheville arrière dans une torsion inquiétante, le tout étant très fébrile sur les appuis …

L’heure de faire le prof est arrivé : vous devez vous déplacer pour réaligner la personne avant qu’elle prenne le risque de se blesser.

Et là, dilemme : vous voyez sa hanche ouverte, mais elle ne parvient pas à l’aligner vers l’avant (c’est à dire fermer le bassin au lieu de l’ouvrir). Vous avez beau donner la direction, oralement ça ne passe pas. La personne n’est pas auditive. Vous avez pourtant montré, elle n’est pas visuelle non plus.

Il ne reste que la dernière possibilité : lui proposer un alignement.

Vous avez là un aperçu du dilemme du professeur, qui doit toujours observer et réagir pour permettre d’adapter les postures aux élèves en toute sécurité.

De même, le professeur doit montrer mais ne doit pas pratiquer en même temps …. Mais là c’est autre chose.

Vous vous approchez donc, avec prudence car vous savez que le tapis est comme un sanctuaire appartenant à l’élève, infranchissable. Et vous vous apprêtez à aligner la personne par le toucher. Cela suscite une grande prudence, en même temps que cela est parfois indispensable :

D’abord vous avez en tête les précédentes affaires de harcèlement, qui ont conduit des grands maîtres devant les tribunaux ;

Ensuite vous avez vu la vague #metoo ;

Enfin, vous vous retrouvez dans des situations où vous vous approchez de zones très intimes des élèves. Ceci est autant valable pour les femmes (évidemment), que pour les hommes : une hanche, le dos, les épaules, les côtes, même les aisselles parfois dans certaines postures en torsion (parivrita janu sirsasana pour ne parler que d’elle).

Le toucher ne doit pas être virulent, il faut juste indiquer une orientation. Mon professeur faisait ça en passant le doigt très rapidement sur le dos, de haut en bas, en adho munkha par exemple.

Il est impératif de recueillir l’accord complet de l’élève pour ce faire. Le demander au préalable est déjà un signe de respect, et permet de placer l’interaction entre le prof et l’élève dans un contexte de confiance.

Il peut arriver que les élèves soient gênés, ou ne veulent pas. Evidemment à ce moment là, tout réalignement ne peut se faire que par la parole.

Avec les élèves les plus fidèles et que vous connaissez parfaitement, évidemment il n’y a plus de sujet. Quitte à faire un réalignement plus intrusif, mais toujours dans le respect, par exemple en ardha chandrasana lorsque la personne ne peut tenir l’équilibre. Là, vous l’aidez à tenir via des appuis sur les hanches, les épaules, la poitrine, et même les fessiers. Ceci n’est pas anodin non plus.

Un professeur doit vouloir toucher les élèves, et passer outre les odeurs, la transpiration, la chaleur, et tout autre facteur pouvant interférer de manière inconfortable les choses, mais surtout dans une intention bienveillante, et non pas dans un but de pouvoir ou animé de la moindre intention perverse.

Ceci peut paraître évident, mais cela ne l’est en réalité pas du tout, en particulier pour les profs hommes avec des élèves féminines. Mais le sujet reste le même pour les profs femmes.

J’ai un livre que je recommande sur les réalignements par le toucher :

Radar du web

Si vous tombez là dessus, il est inutile de dire qu’il faut partir en courant de ce cours là …