Vers une approche du Nauli

J’ai écrit cet article, suite hier à la publication de mon amie Faty de Toulouse, qui a illustré son propre Nauli sur sa page Facebook.

Après quelques petits échanges, je lui ai proposé de lui faire part de mon expérience ici même, et par la même occasion pour les lecteurs.

Les bandhas

Cela faisait un grand moment que je m’étais éloigné des bandhas, même si dans ma pratique j’en insère quelques uns (et pour mes élèves également). Mais pour ce qui concerne l’approche de Nauli, c’est autre chose.

Ce n’est pas véritablement une posture traditionnelle, mais une technique de purification interne, lié aux Kryas.

Avant de continuer, je laisse la parole à Kino, qui va vous expliquer la différence entre un bandha et un krya, ici dans sa pratique de l’ashtanga, mais cela reste valable hors de ce contexte.

Le débit est toujours aussi rapide, mais pour une fois, il n’y a pas de posture improbable dans cette vidéo 😉

Kino, c’est à toi !

Merci 😉

Donc en résumé, si vous n’avez pas pas pu activer les sous-titres :

  • Les kryas sont des techniques visant à une purification interne (dont le Neti ou Kapalabathi que vous faîtes peut être déjà) ;
  • Les bandhas sont des contractions musculaires qui verrouillent l’énergie vitale. On les pratique dans de nombreuses postures traditionnelles, quel que soit son yoga.

Les deux sont intimement liés évidemment, car pour atteindre les kryas, il faut exercer et pratiquer les bandhas en profondeur.

Je profite d’un aparté pour préciser que les bandhas, en en particulier Uddiyana Bnadha qui nous intéresse ici, se retrouve d’une certaine manière dans des disciplines complètement différentes telles que le pilates, ou encore certaines méthodes de compression abdominale (De Gasquet par exemple). Enfin, cette pratique respiratoire profonde peut aussi se retrouver dans des techniques d’assouplissements (méthode de Robert Bral entre autres, dont j’ai commencé à suivre les cours).

Ma propre expérience de l’approche de Nauli

On peut se demander comment, un jour, on a envie de pratiquer les bandhas en dehors de toute posture. Cette motivation reste encore une fois très secrète et personnelle. Comme beaucoup, je me suis levé un matin et je suis tombé sur un article sur le sujet. J’ai vu comment on apprenait Uddiyana Bandha, et je retrouvais déjà ce bandha là dans ma pratique d’alors. Nous étions en 2006 ou 2007 environ. Autant dire qu’avec déjà plus de dix ans de pratique, je n’en étais encore qu’au tout début.

C’est juste que le prof de l’époque donnait des instructions sommaires sur le sujet, et pour être honnête, je ne comprenais pas de quoi il s’agissait. Je me contentais de respirer profondément et d’expirer à fond sans savoir ni pourquoi ni comment. C’était juste très inconfortable.

Uddhiyana Bandha est l’un des trois bandhas traditionnels. Kino le dit bien, il se situe dans une zone allant du pubis au nombril. Amener Uddhiyana Bandha revient donc à contracter fortement toute la zone musculaire enrobant la sangle abdominale et tous les muscles profonds jusqu’à la zone du périnée.

uddiyana bandha, nauli

Uddiyana Bandha pratiqué ici jambes ouvertes : création d’une dépression abdominale profonde

C’est la première étape, qui devait m’ouvrir la voie sur une pratique en cours plus consciente (et non subie comme jusqu’alors), et aussi un chemin nouveau vers les kryas.

Je ne vais pas donner ici la méthode pour apprendre la pratique, je mets en bas tous les liens nécessaires, d’autres profs le font très bien et même beaucoup mieux que moi, en particulier Michèle sur son blog Yogamrita qui fait toujours référence, et qui m’avait donné de précieux conseils.

Il est impératif de prendre connaissance de toutes les précautions, toutes les contre-indications avant de se lancer la dedans, et ce d’autant que je ne connais pas de cours collectif où on apprend à faire Nauli.

Uddhiyana bandha : deux temps

La position de départ, d’abord : debout, les mains sur les cuisses, on est fléchi vers l’avant comme sur l’illustration du haut de cette page. Notez à ce stade que tout le monde le fait avec le ventre dénudé, car au delà des sensations, le pratiquant lui même peut voir ce qui se passe, comme s’il le devait. Et pour montrer de quoi il s’agit, c’est indispensable. Rendez-vous donc devant votre miroir.

Premier temps : Une expiration très profonde, à poumons vides (mais vides), à la limite d’un inconfort respiratoire. En clair, on n’y reste pas longtemps. A ce moment là, toute la zone abdominale se contracte fortement, « le nombril est attiré vers la colonne », le ventre se creuse. A la fin de l’expiration complète, il est important d’expirer encore plus, comme pour vidanger tout l’air résiduel au fond des poumons. Pousser fort sur les cuisses, en contractant plus. Vous allez sentir toutes les zones basses se contracter énormément. L’effort est ici très important.

Arriver là m’a déjà demandé plusieurs semaines.

La contraction est si importante que toute la sangle abdominale est aspirée vers l’intérieur.

Uddiyana-Bandha-Kriya - 01

La dépression abdominale crée comme un trou au niveau du nombril, la contraction est à cet endroit très forte.

Second temps : il s’agit de créer une dépression en donnant l’intention d’inspirer (par le nez, impossible par la bouche), mais sans prendre d’air. Cela va créer une dépression abdominale qui va venir plaquer toute la sangle vers l’intérieur, formant une sorte de trou. Vous apercevez ici votre nombril littéralement disparaitre vers l’intérieur de la colonne, en même temps que cette fausse inspiration vous fera vous redresser un peu. La poussée sur les cuisses est encore plus forte.

Cela m’a été très compliqué de trouver cette fausse inspiration. Je sentais que je n’étais pas dedans. Michèle m’avait alors donné ce conseil judicieux : se mettre sur le dos, avec les mains sur les cuisses, relevées. Pratiquer alors cette contraction mais très lentement. Cela m’avait beaucoup aidé même si le faire debout avait pris beaucoup de temps. Je parle ici de semaines entières.

C’est cette expiration lente et profonde (le premier temps) qui s’apparente à ce qu’on fait dans certains cours de pilates, de gym hippopressive, ou d’assouplissements.

Alors, je ne l’ai pas encore dit, mais ce bandha ne peut pas être exercé le ventre plein. Si vous lisez cet article après votre repas, et que vous voulez essayer, vous constaterez que c’est impossible.

D’ailleurs, je n’ai toujours pu le faire que sur trois ou quatre tentatives à chaque fois, le matin au réveil et à jeun. Il m’est très compliqué, voire impossible, de le faire en journée.

Arriver à ce stade permet de masser tous les organes internes, de l’intestin aux reins, et on est parvenu ici à ce niveau de krya dont on parlait au début. Les sensations de lourdeur abdominale et, plus tard dans la journée, de ballonnements, disparaissent. Le transit et la digestion s’en trouvent grandement améliorés.

Le Nauli

Le chemin qui mène au Nauli, tel qu’on le voit sur Youtube, est encore très long, encore plus long que cet article.

Car non content de pouvoir exercer de telles contractions, il s’agit dès lors de relâcher un côté au détriment de l’autre. En clair, il faut contracter le côté gauche et relâcher le droit, puis, dans la même fausse inspiration, alterner.

D’un point de vue anatomique, il va s’agir de contracter seulement une partie (la gauche par exemple) des grands droits et des obliques, en relâchant l’autre côté (la droite). Le cerveau sait contracter l’ensemble de la sangle abdominale, mais il sait beaucoup moins envoyer l’influx nerveux pour contracter seulement une seule partie. Le challenge est … énorme.

Cela va créer des mouvements circulaires, très spectaculaires (gardez votre tee shirt relevé, ce serait dommage de rater ça), et allant d’un côté à un autre. On parle de « barratage » et ce mouvement là fait grimper l’énergie interne de façon très importante (la kundalini).

L’amplitude de cette dépression, à l’origine de toute l’intensité du bandha, et donc des effets positifs du krya (vous suivez toujours ?), ne peuvent s’apprécier que dans l’exécution debout.

nauli, barratage

Toutes les représentations de Nauli montrent des ventres bien gainés avec des sangles abdominales très saillantes, mais l’essentiel n’est pas là !

Il faut rester très vigilent à la fin, et accompagner le relâchement de cette dépression conduit à continuer d’expirer dans le vide, pour ensuite reprendre une inspiration lente et profonde. Il ne s’agit pas de sortir tout essoufflé et étouffé d’une telle expérience, même si dans mon cas c’est un peu ça. C’est ce qui explique que je ne peux m’y consacrer que sur quelques timides tentatives. Cela ne peut pas durer plus d’une minute par jour.

D’ailleurs, en rédigeant cet article, je vois dans le dictionnaire des synonymes du contraire du mot dépression :

Elévation, prospérité, croissance, épanouissement, euphorie, soulèvement, exaltation …

Cela ne s’invente pas.

Les instructions du nauli sont très courtes, mais ici aussi pour y parvenir, cela demande un temps certain. J’ai du passer au total plus d’une année pour trouver cette voie là, et y parvenir un matin comme ça tout seul, comme souvent lorsqu’on s’est élevé dans une démarche particulière, et qu’on touche au but ultime (j’ai parlé de samadhi dans un autre article …).

Le mien est très sommaire, sans prétention, et je n’ai pas pu le faire dans les deux sens (sens gauche vers la droite, et sens de la droite vers la gauche).

Et vous, quelle expérience avez-vous des bandhas, et des nauli en particulier ?

Radar du web

Les ressources en français sont très rares, et le blog de Michèle (Yogamrita) est, à mon sens, le plus complet sur :

  • la technique préparatoire
  • les précautions, contre indications (elles sont nombreuses !)
  • les illustrations pas à pas
  • l’apprentissage de cette pratique

Uddiyana Bandha

Nauli

Des ressources en anglais sont nombreuses, dont ce site dédié qu’à Nauli.

Sur Youtube, en tapant Nauli, une pléiade de vidéos apparaitront.

Le studio de mon amie Faty : http://www.sattvayogatoulouse.fr/